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Sorties sur le terrain avec Tehani JUVENTIN, étudiante en stage de Licence 2 des Sciences de la Vie et de la Terre à l'Université de la Polynésie française, pour étudier la variation morphologique de l'arbre indigène Metrosideros collina (Myrtaceae) en fonction de l'altitude (sur un gradient entre 600 et 1400 m), associé à un projet de recherche sur la phylogéographie et la génétique des populations des espèces du genre Metrosideros dans les îles du Pacifique mené par Elizabeth STACY et Yohann PILLON de l'University of Hawai'i à Hilo (http://www2.hawaii.edu/~estacy/).


Photo 1 (cliché : JYM) : Tehani dénombrant les individus de Metrosideros collina ("pua rata" en tahitien, GUILLEMIN, 1837) sur un transect de 50 m de longueur et 4 m de largeur, en bordure du sentier de crête vers 1200 m d'altitude. Les populations ont été étudiées sur huit transects installés entre 600 et 1400 m, et la morphologie et la pilosité des feuilles, des fleurs et des fruits de tous les individus ont été décrites.

Tahiti-Fare Mato-12 juin 2013-Tehani & Metrosidero-copie-1 

Photo 2 (cliché : JYM) : Inflorescences de Metrosideros collina (Myrtaceae), forme ou "morphotype" aux jeunes feuilles, jeunes rameaux, pédoncules d'inflorescence et pédicelles de fleur poilus, et aux feuilles à revers pubescent. Trois variétés ont été décrites dans les îles de la Société, Samoa et Fidji (var. collina, var. villosa et var. fruticosa selon SMITH, 1976. Amer. J. Bot. 60(5): 479-490) mais ne recouvrent pas la grande variabilité morphologique observée sur le terrain à Tahiti, reflet d'une adaptation probable aux différents milieux naturels.

Tahiti-Fare Mato-12 juin 2013-Metrosideros collina inflo

 

Photo 3 (cliché : JYM) : fruits secs déhiscents (capsules ligneuses à trois valves) de Metrosideros collina. Les petites graines (0,5 à 1 cm de long) sont disséminées par le vent et capables de survivre aux très basses températures des courants aériens de haute altitude ("jet streams"), à la dessication ainsi qu'à un séjour prolongé dans l'eau de mer (CORN, 1972).

Tahiti-Fare Mato-12 juin 2013-Metrosideros collina infrut

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photo 4 (cliché : JYM) : papillon Nacaduba tahitiensis ("Tahitian alpine blue", Lycaenidae) se nourrissant du nectar de fleur de Metrosideros collina, observé entre 1200 et 1600 m à Tahiti (JYM, obs. pers.). Cette espèce endémique de Tahiti a été décrite à partir de spécimens collectés en 1988 au sommet du mont Marau vers 1490 m d'altitude (HARA & HIROWATANI, 1989 in B. & H. PATRICK, 2012. Butterflies of the South Pacific). Les auteurs précisent que "They were flying in flocks over the sunny shrubs of about 3 m height", probablement en relation avec la floraison de Metrosideros collina qui constitue une espèce à la fois "clef-de-voûte" ("keystone species") et "parapluie" ("umbrella species") dans les îles du Pacifique Sud.

Tahiti-Fare Mato-12 juin 2013-papillon

Photo 5 (cliché : JYM) : infrutescence en racèmes et à capsules loculicides de Weinmannia parviflora var. parviflora (Cunoniaceae, "aito moua" en tahitien selon NADEAUD, 1864, 1873), grand arbre endémique des îles de la Société, co-dominant avec Metrosideros collina en végétation orophile (forêts de nuages et végétation subalpine) mais ne présentant peu ou pas de polymorphisme. Le sex-ratio de cette espèce fonctionnellement dioïque est déséquilibré en faveur des individus femelles sur les crêtes exposées (MEYER, 1990).

Tahiti-Fare Mato-12 juin 2013-Weinmannia parviflora infrut

 

 

Photo 6 (cliché : JYM) : Guêpe européenne Vespula vulgaris (Vespidae) sur fleurs de Reynoldsia verrucosa (Araliaceae), arbre endémique de la Société, vers 1250 m d'altitude. Cet insecte vraisemblablement introduit à Tahiti dans les années 90 a envahi les plus hauts sommets de Tahiti, avec des nids sous-terrains observés sur les monts Aorai (2070 m), Pito Hiti (2110 m) et Orohena (2240 m) (JYM, obs. pers.) et pourrait constituer un compétiteur ou un prédateur redoutable pour tous les invertébrés endémiques de la zone orophile (VALLAS, 2012).

Tahiti-Fare Mato-12 juin 2013-Vespula & Reynoldsia 

 

 

 

Photo 7 (cliché : JYM) : escargot carnivore Euglandina rosea ("rosy wolf snail") observé à 1400 m sur le sentier menant au mont Aora'i, un "corridor" pour de nombreuses espèces végétales et animales introduites envahissantes. Le réchauffement climatique pourrait permettre à ce prédateur d'escargots endémiques, dont la limite altitudinale serait actuellement comprise entre 1300 et 1500 m, de migrer plus en altitude et constituer une menace pour de nombreux mollusques endémiques  (GARGOMINY, 2008. Journal of Conchology 39(5): 517-536).

Tahiti-Fare Mato-12 juin 2013-Euglandina

 

Photo 8 (cliché : JYM) : petit escargot arboricole endémique Samoana cf. diaphana (Partulidae) sur feuille de Metrosideros collina, en forêt de crête vers 1200 m. Contrairement à Partula otaheitana, uniquement trouvé dans les petits vallons humides entre 1200 et 1300 m en contrebas du sentier, cette espèce semble mieux résister à l'invasion et la prédation par l'euglandine.

Tahiti-Fare Mato-12 juin 2013-Samoana

 

 

Photo 9 (cliché : JYM) : ver plat Platydemus manokwari (Geoplanidae, "flatworm"), un autre prédateur de mollusques indigènes et endémiques, observé sur le sentier vers 1000 m d'altitude. Cette espèce a parfois été introduite comme agent de lutte biologique contre l'achatine Achatina fulica au même titre que l'euglandine.

Tahiti-Fare Rau Ape-19 juin 2013-ver

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photo 10 (cliché : JYM) : bosquet de grands Metrosideros collina en bordure de sentier vers 700 m d'altitude, derniers témoins de la forêt naturelle mésophile de moyenne altitude, transformée en landes à fougères Dicranopteris linearis et envahie par le goyavier Psidium guajava (Myrtaceae), le tulipier du Gabon Spathodea campanulata (Bignoniaceae) ou le lantana Lantana camara (Verbenaceae).

Tahiti-Fare Rau APe-19 juin 2013-Tehani & Metrosideros

Photo 11 (cliché : JYM) : abeille domestique Apis mellifera (Apidae) se nourrissant du nectar des fleurs de Metrosideros collina. Cette espèce introduite extrêmement commune et à large répartition altitudinale (trouvée entre 0 et 2000 m) est devenue un pollinisateur des plantes indigènes et endémiques, servant ainsi de "substitut" aux espèces pollinisatrices éteintes ou qui se sont rarifiées.

Tahiti-Fare Rau Ape-19 juin 2013-abeille

 

Photo 12 (cliché : JYM) : capsules déhiscentes couvertes de longues épines de Commersonia tahitensis (syn. C. bartramia var. tahitensisC. echinata, Malvaceae, "mao" selon NADEAUD, 1873), arbre endémique des îles de la Société (Tahiti, Mo'orea, Ra'iatea et Tahaa, WILKINS & WHITLOCK, 2011. Australian Systematic Botany 24(4-5): 226-283) caractéristique des forêts mésophiles jusqu'à 1000 m d'altitude, et espèce colonisatrice "pionnière" des zones ouvertes, dégradées ou brûlées.

Tahiti-Fare Rau Ape-19 juin 2013-Commersonia fruits

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photo 13 (cliché : JYM) : fruits charnus (drupe) mûrs de la liane ligneuse rampante et grimpante Jasminum dydimum (Oleaceae, "tia tia maua" selon GUILLEMIN, 1837, "tafifi" selon NADEAUD, 1873), une espèce indigène encore commune avec la liane volubile Morinda myrtifolia (syn. M. umbellata var. forsteri, Rubiaceae, "tafifi" selon GUILLEMIN, 1837 et NADEAUD, 1873), toute les deux disséminées par les oiseaux frugivores indigènes ou introduits.

Tahiti-Fare Rau Ape-19 juin 2013-Jasminum fruit

 

Photo 14 (cliché : JYM) : Alphitonia zizyphoides (Rhamnaceae, "toi" selon NADEAUD, 1864), grand arbre indigène des îles du Pacifique Sud (Fidji, Niue, Samoa, Tonga, Wallis et Futuna), uniquement présent dans l'archipel de la Société où il est devenu rare en raison d'une surexploitation passée. Une autre espèce présente en Polynésie française, Alphitonia marquisensis, endémique des Marquises, pourrait être génétiquement plus proche de A. ponderosa endémique des îles Hawaii.

Tahiti-Fare Rau Ape-19 juin 2013-Alphitonia

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photo 15 (cliché : JYM) : Ophiorrhiza subumbellata (Rubiaceae) en boutons et fleurs, sous-arbrisseau endémique de Tahiti dont la reproduction et la régénération ont été favorisées par l'introduction du champignon pathogène Colletotrichum gloeosporioides f. sp. miconiae, agent de lutte biologique contre le miconia (Miconia calvescens, Melastomataceae), arbre introduit extrêmement envahissant dans les forêts tropicales humides de basse et moyenne altitude (MEYER & FOURDRIGNIEZ, 2011. Biological Conservation 144(1): 106-113).

Tahiti-Fare Rau Ape-19 juin 2013-Ophiorrhiza

Photo 16 (cliché : JYM) : cônes ("strobiles") mâles du pin des Caraïbes Pinus caribaea var. hondurensis (Pinaceae), arbre massivement planté en Polynésie française entre 1977 et 1990 dans le cadre d'une politique forestière de reboisement (environ 5900 ha de "forêt de production"), et actuellement naturalisé en zone ouverte, notamment dans les landes à fougères.

Tahiti-Fare Rau Ape-19 juin 2013-Pinus inflo

 

Photo 17 (cliché : JYM) : liane grimpante Hoya australis (Apocynaceae) vers 820 m d'altitude. Introduite comme plante ornementale dans les jardins, elle est en voie de naturalisation à Tahiti avec des populations observées sur la piste des Mille Sources (Mahina) entre 590 et 660 m d'altitude ainsi qu'à Moorea où elle a été observée en bordure du sentier menant au mont Rotui vers 650 m (JYM, obs. pers.). 

Tahiti-Fare Rau Ape-19 juin 2013-liane 

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Tahiti-Orofero-1998-Sanford-JYM-Salducci (JCT)

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